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Enseignements

Thèses sur le culte réformé

Nécessité du culte et de la prédication

  1. Se placer ensemble devant Dieu constitue la singularité de la communauté chrétienne. L’Église ne vit pas par elle-même ni pour elle-même.
  2. La prédication chrétienne comprise ici comme énonciation personnelle est légitime, car aimer son prochain consiste à lui donner les moyens de connaître les raisons qui nous font vivre et espérer.
  3. Le ou la pasteurE ainsi que le prédicateur ou la prédicatrice forméE peut en toute bonne conscience proclamer la bonne nouvelle. Or chacunE a été touchéE d’une manière qui lui est propre par la bonne nouvelle et il en va donc de l’annoncer en congruence avec ce que chacunE a découvert personnellement. Être honnête avec soi-même et avec Dieu présuppose un chemin intérieur personnel.
  4. ChacunE a une manière qui lui est singulière d’entrer en contact avec autrui et de parler en public. De plus l’expérience des formateurs et formatrices n’est pas transmissible directement (l’expérience vécue Erlebnis peut être racontée sous forme d’anecdotes souvent cocasses, mais elle ne peut pas se transmettre sous une forme qui permet la transmission Erfahrung). Cette non transmission tient à un paramètre essentiel lié à la communication : toute communication se situe dans un contexte donné qui est singulier. Le discernement des contextes, des temps liturgiques et la connaissance de l’auditoire fait partie intégrante de la préparation de la célébration du culte et en particulier de la construction de la prédication. Ce discernement permet de donner du relief à la prédication.
  5. S’il n’existe pas de recettes toutes faites, et si la vocation interne appartient « au jardin secret de chacunE », la formation liturgique et homilétique est le lieu d’un apprentissage ; le pastorat est une vocation, mais il est aussi métier qui comporte un certain nombre de savoir-faire que l’on peut apprendre par l’exercice.

Quel est la finalité du culte ?

  1. « Entre pour prier et sors pour aimer » (Église dans les Cinque Terre)
  2. Le culte qui comporte un élément de gratuité se donne à lire aujourd’hui comme une manifestation qui transgresse les codes et les a priori implicites en œuvre dans notre société. Il se détache du pragmatisme et de l’utilitarisme dominant de notre époque pour introduire des réalités qui symbolisent des manières d’être favorisant l’être ensemble de tous les humains : l’amitié, la gratuité, la confiance, l’hospitalité réciproque. Le culte n’est donc pas utile directement (« il ne sert à rien », comme disent parfois certains catéchumènes), mais il est « une réalité plus que nécessaire » (Eberhard Jüngel)
  3. Dieu ne peut être assigné à résidence, mais de tous temps les êtres humains ont éprouvé le besoin de mettre des temps et des lieux à part pour se recueillir. Le temple ne peut contenir Dieu, mais il est le lieu privilégié où je peux prendre distance d’avec une vie quotidienne souvent trépidante et marquée par des temps saturés. Le culte dans le temple me permet d’opérer une distance d’avec la vie ordinaire pour regarder ma vie, mes relations et mes actions avec le regard nouveau que Dieu pose sur chacune de nos existences (cf. le thème de la compréhension de soi chez Rudolf Bultmann). Il ne s’agit pas d’une existence autre, mais d’une même existence vécue autrement.
  4. Le lieu et le temps du culte sont liés à une spiritualité de la parole qui ne peut naître réellement que dans l’écoute de Dieu et des autres et dans la conquête d’une posture de prière. Il en va dans sa vie de « donner de l’espace à l’action de Dieu » (Dietrich. Bonhoeffer)

Déroulement du culte

  1. Le déroulement traditionnel du culte offre cette possibilité de prise de distance avec le déroulement de la semaine et ce retour à la réalité vécue.
  2. Le culte constitue bien une interruption dans le monde chargé de mes activités ou dans l’inactivité de l’ennui ; il est un temps tout à fait favorable (kairos) interrompant le temps cyclique marqué souvent par la fatigue et l’éternel retour du même.

12. Le culte est temps de reconnaissance à Dieu et pour l’agir caché de Dieu dans le monde. Il est aussi ouverture aux autres qu’ils soient proches ou lointains.

Plaidoyer pour la prise en compte des auditoires différenciés

  1. La sociologie dans laquelle nous baignons nous oblige à préparer et à célébrer des cultes pour des auditoires différenciés, ce qui rend d’autant plus nécessaire un ou des rassemblements dans l’année où l’on fait œuvre de compromis pour célébrer un culte intergénérationnel et interculturel. Cette démarche est pédagogiquement possible dans la paroisse, si nous nous souvenons que la confiance se conquiert et s’acquiert. Pour cela nous pouvons déployer les capacités qui sommeillent en nous et qui sont liées à ce que F. B. Craddock appelle l’imagination emphatique.

 

L’importance du contexte

  1. Les recherches dans le domaine de la cognition et en particulier sur la pertinence de l’énonciation indique que parler ne signifie pas seulement tenir compte du contexte (trouver la parole juste au bon moment), mais parler donne aussi la possibilité de créer du contexte grâce notamment aux divers actes de langage. L’examen du contexte est donc capital dans le travail d’énonciation, puisque la prédication est un acte oral assumé par un porte-parole qui se risque à une parole hic et nunc (ici et maintenant). Par un travail sur les différentes confessions de foi tirées d’époque et de lieux très divers, faisons l’expérience de ce que signifie la contextualisation.

 

Déroulement du culte : la parole et les sacrements

  1. A ce titre, la communauté se donne à lire comme une communauté d’interprétation et d’action. Elle interprète le texte biblique, mais elle se laisse aussi interpréter par les Écritures. La liturgie se reçoit comme force et courage à travers le geste de fraction du pain. Le paradigme du déroulement du culte peut se déduire ainsi analogiquement par le récit des disciples d’Emmaüs (Luc 24,13-35), l’accent étant mis ici sur la présence et l’accompagnement incognito du Christ plutôt que sur la résonnance eucharistique (interprétation exégétique problématique du verset 30)

Prof. ém. Félix Moser copyright octobre  2019

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